L'essentiel
- Les notaires font partie des entreprises et professions non financières désignées tenues d'appliquer les mesures préventives, dont la déclaration de soupçon à la CTRF (loi n° 05-01 modifiée par la loi n° 23-01 du 7 février 2023).
- La Chambre nationale des notaires est l'autorité de contrôle LCB-FT des notaires (art. 10 bis 3 de la loi n° 05-01 modifiée par la loi n° 23-01 du 7 février 2023).
- Les transactions immobilières portant sur des biens bâtis ou non bâtis doivent être réglées par des moyens de paiement scripturaux depuis le 1er janvier 2025 (article 207 de la loi de finances pour 2025).
- Les autorités de contrôle exercent leur mission selon une approche par les risques, par des contrôles sur pièces et sur place (décret exécutif n° 23-430 du 29 novembre 2023, JO n° 76 du 30 novembre 2023).
- Un registre public des bénéficiaires effectifs des personnes morales de droit algérien est tenu auprès du CNRC (art. 8 de la loi n° 05-01 modifiée par la loi n° 23-01 du 7 février 2023).
Mis à jour le 26 octobre 2026
Dans cet article
Une vente d'appartement réglée par un tiers inconnu du dossier, une société constituée avec des associés de façade, une donation suivie d'une revente rapide : le notaire voit passer une part considérable des flux patrimoniaux du pays. C'est précisément ce qui en fait un maillon clé de la prévention. Les obligations LCB-FT des notaires ne relèvent plus de la théorie : elles touchent chaque acte de vente, chaque constitution de société et chaque cession de parts que vous recevez.
La sortie de l'Algérie de la liste grise du GAFI, le 19 juin 2026, ne marque pas une fin mais un changement de nature. Les évaluateurs ne se contenteront plus de vérifier que les textes existent : ils regarderont si les professions exposées, au premier rang desquelles le notariat, appliquent réellement les mesures de vigilance et déclarent les opérations suspectes. Ce guide détaille ce qui est attendu de votre étude et comment vous y préparer.
1. Textes applicables et autorité de contrôle
Le socle est la loi n° 05-01 du 6 février 2005 relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, profondément modifiée par la loi n° 23-01 du 7 février 2023, puis par la loi n° 25-10 du 24 juillet 2025. Son article 4 distingue les institutions financières et les entreprises et professions non financières désignées (EPNFD). Les notaires figurent expressément dans cette seconde catégorie, aux côtés des avocats, huissiers de justice, commissaires-priseurs ou agents immobiliers.
L'article 10 bis 3 de la loi désigne la Chambre nationale des notaires comme autorité de contrôle, de surveillance et de régulation des notaires en matière de LCB-FT. Le décret exécutif n° 23-430 du 29 novembre 2023 (JO n° 76 du 30 novembre 2023) précise comment ces autorités exercent leur mission : règlements applicables aux professions contrôlées, approche par les risques, contrôles sur pièces et sur place, mesures correctrices et sanctions disciplinaires en cas de manquement, coordination avec la CTRF.
Deux textes complètent le paysage. L'article 8 de la loi n° 05-01 modifiée prévoit un registre public des bénéficiaires effectifs des personnes morales de droit algérien, tenu auprès du Centre national du registre du commerce (CNRC). La loi n° 25-10 impose une évaluation nationale et sectorielle des risques régulièrement mise à jour et partagée avec les assujettis : votre propre analyse de risques doit s'y adosser. Pour une vue d'ensemble du cadre, consultez notre guide de la conformité LCB-FT en Algérie et notre analyse de la loi 23-01 et de la loi 25-10.
2. Les obligations clés
Classification des risques
Chaque étude doit connaître son exposition. Une étude spécialisée dans la promotion immobilière, une autre centrée sur le droit de la famille et une troisième très active en droit des sociétés n'ont pas le même profil. L'évaluation doit croiser les types d'actes, la clientèle (personnes physiques, sociétés, non-résidents, personnes politiquement exposées), l'origine géographique des fonds et les modes de paiement. Elle se traduit par une grille de classement des dossiers en risque faible, moyen ou élevé, qui détermine le niveau de vigilance applicable.
Connaissance client et bénéficiaires effectifs
Identifier les parties à l'acte est le cœur du métier notarial. La vigilance LCB-FT va plus loin : comprendre l'objet de l'opération, sa cohérence avec le profil du client et l'origine des fonds. Lorsque l'une des parties est une personne morale, vous devez identifier la ou les personnes physiques qui la détiennent ou la contrôlent in fine. Consultez le registre des bénéficiaires effectifs du CNRC, mais recoupez-le avec les statuts, les procès-verbaux et les déclarations du client : une information de registre ancienne ou incomplète ne vous exonère pas.
Trois situations appellent une attention particulière :
- les transactions immobilières : depuis l'article 207 de la loi de finances pour 2025, le prix des immeubles bâtis et non bâtis doit être réglé par des moyens scripturaux. Le notaire doit s'assurer de la traçabilité bancaire du paiement et s'interroger sur l'identité réelle du payeur ;
- les constitutions de sociétés et cessions de parts : apports en numéraire d'origine floue, associés sans lien apparent avec l'activité, montages en cascade ;
- les personnes politiquement exposées : vigilance renforcée, validation à un niveau approprié de l'étude, examen attentif de l'origine du patrimoine.
Déclaration de soupçon à la CTRF
Lorsque vous soupçonnez qu'une opération, même simplement tentée, porte sur des fonds d'origine illicite ou est liée au financement du terrorisme, vous devez la déclarer à la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), placée auprès du ministère des Finances. La déclaration est confidentielle : le client ne doit jamais en être informé. Une étude doit donc disposer d'un circuit interne simple : qui repère, qui analyse, qui décide et qui transmet, avec une trace écrite de l'analyse, y compris lorsque la décision est de ne pas déclarer.
Gel des avoirs et sanctions financières ciblées
Avant de recevoir un acte, vérifiez que les parties et les bénéficiaires effectifs ne figurent pas sur les listes de sanctions, notamment celles du Conseil de sécurité des Nations unies et la liste nationale. En cas de correspondance confirmée, l'opération ne doit pas être réalisée et les autorités compétentes doivent être informées sans délai. Ce filtrage doit être documenté dans le dossier.
Conservation des documents
Le notaire conserve déjà ses minutes. L'obligation LCB-FT porte aussi sur les éléments de vigilance : pièces d'identité, justificatifs de l'origine des fonds, preuves de paiement, extraits du registre des bénéficiaires effectifs, notes d'analyse et échanges avec la CTRF. Ces éléments doivent être classés de manière à pouvoir être présentés rapidement lors d'un contrôle de la Chambre ou à la demande de la CTRF.
Formation et organisation interne
Le notaire titulaire reste responsable, mais ce sont souvent les clercs qui reçoivent les clients et collectent les pièces. Ils doivent être formés aux signaux d'alerte et savoir à qui remonter un doute. Désignez un référent LCB-FT, formalisez une procédure écrite courte et applicable, et tenez un registre des formations suivies.
3. Typologies et signaux d'alerte propres au secteur
Les signaux suivants ne prouvent rien à eux seuls, mais ils imposent une analyse documentée :
- prix manifestement inférieur ou supérieur à la valeur du marché, sans explication crédible ;
- paiement effectué depuis le compte d'un tiers sans lien apparent avec l'acquéreur ;
- demande d'insérer dans l'acte un prix différent de celui réellement convenu ;
- achats et reventes successifs d'un même bien sur une courte période ;
- acquisition par une société récemment constituée, sans activité réelle, dont les associés restent flous ;
- apports en capital importants lors d'une constitution de société, sans justificatif d'origine ;
- client pressé, indifférent au prix ou aux frais, ou qui insiste pour ne pas apparaître personnellement ;
- recours répété à des mandataires ou à des procurations sans raison apparente ;
- bénéficiaire effectif résidant dans un pays à haut risque ou personne politiquement exposée non déclarée ;
- donations ou partages suivis d'une revente immédiate, laissant penser à une interposition de personnes.
4. Les erreurs fréquentes
Dans les professions juridiques réglementées, nous observons souvent les mêmes fragilités :
- Confondre authentification et vigilance : vérifier l'identité et la capacité des parties ne suffit pas ; il faut aussi comprendre l'opération et l'origine des fonds.
- S'arrêter à la façade de la personne morale : le représentant légal n'est pas forcément le bénéficiaire effectif.
- Ne rien écrire : une analyse faite oralement n'existe pas pour un contrôleur. Une note de deux lignes suffit souvent.
- Craindre la déclaration : par crainte de perdre un client, certaines études ne déclarent jamais. Or l'absence totale de déclaration dans une activité exposée est en soi un signal pour l'autorité de contrôle.
- Laisser le dispositif reposer sur une seule personne : sans procédure ni formation des clercs, la vigilance disparaît dès que le notaire est absent.
5. Comment Hodemia Consulting accompagne les notaires
Hodemia Consulting aide les études notariales à passer d'obligations abstraites à un dispositif simple et défendable devant la Chambre nationale des notaires :
- Diagnostic de conformité (2 à 4 semaines) : revue de vos procédures et d'un échantillon de dossiers, identification des écarts et plan d'action priorisé. Voir notre article sur le diagnostic de conformité ;
- Mise en place du programme LCB-FT et remédiation KYC : évaluation des risques de l'étude, procédure écrite, fiches d'identification adaptées aux personnes morales, circuit de déclaration à la CTRF ;
- Formation Compliance & Éthique (1 journée) pour les notaires et leurs clercs, construite à partir de cas pratiques immobiliers et sociétaires. Découvrez nos formations.
Pour discuter de la situation de votre étude, contactez-nous.
Conclusion : faire de la vigilance un réflexe de l'étude
Les obligations LCB-FT des notaires prolongent naturellement le rôle d'officier public : garantir la sécurité juridique des actes, c'est aussi refuser qu'ils servent à blanchir des fonds. Le cadre est désormais clair, de la loi n° 05-01 modifiée au décret exécutif n° 23-430, en passant par l'obligation de paiement scriptural dans l'immobilier, et la Chambre nationale des notaires dispose des moyens de le faire respecter. Une évaluation des risques réaliste, une identification rigoureuse des bénéficiaires effectifs, une trace écrite des analyses et des clercs formés suffisent à transformer une contrainte en marque de sérieux de l'étude.
FAQ : obligations LCB-FT des notaires
Les notaires sont-ils vraiment assujettis à la loi n° 05-01 ?
Oui. La loi n° 05-01 modifiée par la loi n° 23-01 range expressément les notaires parmi les entreprises et professions non financières désignées. Ils doivent donc appliquer les mesures préventives prévues par la loi : identification des clients et des bénéficiaires effectifs, vigilance adaptée au risque, déclaration de soupçon à la CTRF, conservation des documents et mise en œuvre des sanctions financières ciblées. La Chambre nationale des notaires veille au respect de ces obligations.
Le notaire peut-il recevoir un acte de vente immobilière payé en espèces ?
Depuis la loi de finances pour 2025, son article 207 impose le règlement des transactions portant sur des immeubles bâtis et non bâtis par des moyens de paiement scripturaux, comme le chèque ou le virement. Le notaire doit donc s'assurer de la traçabilité bancaire du prix avant de dresser l'acte. Un paiement fractionné, une partie occulte ou une provenance de fonds inexpliquée doivent par ailleurs être analysés sous l'angle LCB-FT.
Pourquoi le notaire doit-il identifier les bénéficiaires effectifs ?
Parce qu'une société peut servir d'écran à la personne qui la contrôle réellement. Lors d'une acquisition par une personne morale, d'une constitution de société ou d'une cession de parts, le notaire doit savoir qui détient ou contrôle in fine l'entité. Le registre des bénéficiaires effectifs tenu par le CNRC est une source utile, mais il ne dispense pas de recouper les informations avec les statuts et les déclarations du client.
Le client doit-il être informé d'une déclaration de soupçon ?
Non. La déclaration de soupçon adressée à la CTRF est strictement confidentielle. Ni le client ni les tiers ne doivent en être informés, directement ou indirectement. Dans une étude notariale, cela suppose de limiter le nombre de collaborateurs qui en ont connaissance et de prévoir une conduite à tenir lorsque le client relance sur l'avancement de son dossier. La déclaration faite de bonne foi protège son auteur.
Que contrôle la Chambre nationale des notaires ?
Le décret exécutif n° 23-430 du 29 novembre 2023 organise l'action des autorités de contrôle : approche par les risques, contrôles sur pièces et sur place, signalement des faiblesses constatées, mesures correctrices et sanctions en cas de manquement. Concrètement, attendez-vous à ce que l'on examine vos procédures, vos dossiers d'identification, la traçabilité des paiements, vos registres et la formation de vos collaborateurs.
Par où une étude notariale doit-elle commencer ?
Commencez par une évaluation des risques propre à l'étude : types d'actes, profil de la clientèle, part des personnes morales, des non-résidents et des opérations atypiques. Elle permet de calibrer les procédures d'identification, la grille de vigilance renforcée et le circuit de déclaration. Désignez ensuite un responsable, formez les clercs et testez le dispositif sur un échantillon de dossiers récents.